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Caol Ila 12, l'Islay que tout le monde boit sans jamais le nommer

Par François Reeves

Caol Ila est de loin la plus grande distillerie d'Islay, et l'essentiel de sa production disparaît dans les assemblages, Johnnie Walker en tête. Le 12 ans vendu sous son propre nom est l'une des manières les plus abordables d'accéder à une vraie tourbe d'Islay, autour de 44 euros, et notre modèle comparatif y voit une pépite, à bien moins de la moitié du prix qu'atteignent les grands noms de l'île.

Bouteille de Caol Ila 12 ans sous un éclairage discret, parmi des pierres grises
Photo de François Reeves

C’est probablement l’Islay que vous avez déjà goûté sans jamais en avoir acheté une bouteille. Caol Ila est de loin la plus grande distillerie de l’île, et la majeure partie de sa production disparaît dans les assemblages, en particulier ceux de Johnnie Walker. Le single malt commercialisé sous son propre nom est presque une réflexion secondaire, ce qui est assez paradoxal, car il est excellent.

La distillerie est nichée dans une petite crique près de Port Askaig, face à l’île de Jura, et son image de marque joue volontiers sur le mystère. Trésor caché, malt secret, whisky de connaisseurs. Caol Ila est effectivement le moins médiatisé des grands noms d’Islay. Lagavulin, Ardbeg et Laphroaig attirent les affiches publicitaires et les adeptes passionnés. Caol Ila, lui, reste le discret de la famille : celui que l’on découvre plus tard et que l’on adopte en silence.

Dans le verre, c’est un Islay dont on aurait légèrement baissé le volume. La fumée est bien présente, mais d’une manière plus nette et plus maritime. On y trouve du citron, de la saumure, une légère odeur de feu de camp mêlée aux embruns, ainsi qu’une texture huileuse qui tapisse le verre. La tourbe est là, mais sans excès. À 43 % et après douze années de vieillissement, c’est probablement l’un des Islay les plus soyeux à déguster. Certains amateurs pourraient même lui reprocher de ne pas prolonger davantage son intensité tourbée.

Là où les choses deviennent particulièrement intéressantes, c’est au niveau du prix. Aux alentours de 44 euros, notre modèle comparatif le considère comme une véritable pépite, car un Islay de douze ans aussi bien noté coûterait normalement beaucoup plus cher. Un Lagavulin 16 ans se vend souvent à plus du double.

La raison pour laquelle Caol Ila reste abordable est aussi celle qui explique son faible coût de production : sa taille. La distillerie est immense. Les économies d’échelle réduisent le coût de chaque bouteille et, pour une fois, Diageo semble laisser une partie de cet avantage se refléter dans le prix au lieu de l’envelopper dans une histoire marketing. Selon notre modèle combinant coûts de production et qualité perçue, il se situe très près de sa juste valeur intrinsèque. Vous n’achetez donc pas une bouteille médiocre vendue à rabais. Vous achetez une bouteille honnête que les marques les plus célèbres ont simplement choisi de valoriser beaucoup plus cher.

Achetez-le si vous aimez les whiskies d’Islay mais que vous rechignez à payer la « taxe de singularité » associée aux grands noms de l’île. Achetez-le si vous cherchez un malt tourbé que l’on peut servir un soir de semaine sans avoir à transformer la dégustation en cérémonie. C’est l’Islay intelligent du quotidien, et le seul véritable mystère est de comprendre pourquoi il demeure aussi abordable.